LA CHIMIOPROPHYLAXIE POST-AES

La chimioprophylaxie antirétrovirale après AES est un traitement visant à prévenir la contamination par le VIH. Elle permet de diminuer les risques de contamination mais son efficacité n'est pas de 100% . Elle est d'autant plus efficace qu'elle est instituée précocement. L'indication et le type de traitement sont déterminés au cas par cas.

La circulaire du 13 mars 2008 définit les objectifs et l'organisation du dispositif de mise en oeuvre des recommandations de traitement post exposition (TPE), la prise en charge et la prévention des situations d'exposition au risque viral.
Circulaire n° DGS/RI2/DHOS/DGT/DSS/2008/91 du 13 mars 2008 relative aux recommandations
de prise en charge des personnes exposées à un risque de transmission du virus de l’immunodéficience humaine (VIH).

Rapport 2010 : sous la direction du Pr Patrik YENI
Chapitre 17 : Prise en charge des situations d'exposition au risque viral chez l'adulte. Recommandations du groupe d'experts :
en ligne sur le site du ministère

La chimioprophylaxie post-AES

Ce traitement doit être instauré dans les 4 heures suivant l'AES, au plus tard
dans les 48 heures.
Par un médecin référent ou par un médecin urgentiste.
Il associe en général : 2 inhibiteurs nucléosidiques de la transcriptase inverse
et 1 antiprotéase.
En dehors d'un avis spécialisé, certains médicaments sont à éviter.
En cas de résistance et selon l'état du patient source et du sujet exposé, d'autres protocoles
peuvent être indiqués.
Il est réévalué par un médecin référent s' il a été initié dans l'urgence.
Durée du traitement : 4 semaines sous surveillance médicale.
La déclaration d'accident du travail est faite par le soignant auprès de son employeur.
Le suivi sérologique peut être assuré par le médecin du travail de l'établissement.
La chimioprophylaxie est gratuite et accessible à tous.

Expositions professionnelles

Grille d'aide à la décision thérapeutique (extrait du rapport 2010)

 

 

Risque et nature de l'exposition

Patient source

infecté par le VIH

 


de sérologie inconnue



Risque important :

Piqûre profondee, aiguille creuse et
intra-vasculaire (artériel ou veineux

Prophylaxie
recommandée

Prophylaxie recommandée

Rique intermédiaire :
- coupure avec bistouri

- piqûre avec aiguille IM ou SC

- piqûre avec aiguille pleine

- exposition cutanéo-muqueuse avec temps de contact > à 15 minutes
- morsure profonde avce saignement

 

Prophylaxie(*)
recommandée

Prophylaxie
non recommandée

Risque minime :
- autres cas

- piqûre avec seringue abandonnée

- crachats, morsures légère ou griffures

Prophylaxie
non recommandée
.

Prophylaxie
non recommandée

* AES .... Dans le cas d’un patient source connu comme infecté par le VIH, suivi et traité, dont la charge
virale plasmatique est indétectable depuis plusieurs mois, le TPE pourra être interrompu à 48-96 h lorsque le référent reverra la personne exposée, si la charge virale du patient source s’avère toujours indétectable (contrôle fait juste après l’exposition).

 

 

Suivi biologique de la personne exposée aux virus VIH, VHC et VHB
(extrait du rapport 2010)

 

 
J0
AES traité
AES non traité

NFS, ALAT, créatinine,
test de grossesse
Sérologie VIH, VHC,
Ac antiHBs si vacciné sans taux connu

Sérologie VIH,
Sérologie VHC + ALAT,
Ac antiHBs si vacciné sans taux connu
J15
NFS, ALAT,
créatinine si ténofovir
Pas de bilan biologique
J30

NFS, ALAT
créatinine si ténofovir
PCR-VHC si
PCR-VHC + chez le patient source

Pas de bilan biologique
S6
Pas de bilan biologique
Sérologie VIH
PCR-VHC et ALAT si
PCR-VHC + chez le patient source
M2
Sérologie VIH
Pas de bilan biologique
M3
Pas de bilan biologique
Sérologie VIH,
Sérologie VHC et ALAT si risque VHC
Anti-HBc si non répondeur ou non vacciné
M4
Sérologie VIH
Sérologie VHC et ALAT si risque VHC,
Anti-HBc si non-répondeur ou non-vacciné
Pas de bilan biologique

 

En cas d'apparition de symptômes évocateurs d'une primo-infection par le VIH, il est recommandé de faire pratiquer une sérologie VIH et une charge virale VIH quelle que soit la date.

 

Suivi VHC

  Après un AES exposant au VHC, le suivi est fondé, en France, sur la surveillance des transaminases et des anticorps anti-VHC à 1 mois, 3 mois et 6 mois.En cas de positivité
de la PCR-VHC chez le patient source, la réalisation d’une PCR du VHC à J15-21 est proposée en complément [circulaire du 13 mars 2008].
Ce suivi est lourd et coûteux. Une étude récente montre que remplacer le suivi des anticorps
et des transaminases par une recherche précoce de l’ARN-VHC est une stratégie moins coûteuse, qui permet de rassurer plus précocement la personne exposée [10] (*) .
En effet, l’ARN-VHC dans le sérum est détectable 7 à 21 jours après la contamination,
précédant de quelques jours à quelques semaines l’augmentation de l’activité sérique des
aminotransférases (généralement un mois après la contamination) [11] (*).
Après la contamination, l’ARN-VHC croît de façon exponentielle (doublement environ toutes les 11 h) jusqu’à une phase « plateau », mais pour certains cette phase de virémie élevée pourrait être retardée [12](*). Secondairement, les anticorps anti-VHC sont détectés en moyenne à 50 jours du contage, et de façon retardée en cas d’immunodépression [13](*).
Cette chronologie justifie le choix d’une détection précoce de l’ARN-VHC par PCR après le
contact potentiellement contaminant, complétée par une sérologie VHC entre 3 et 4 mois.
La surveillance des transaminases à un et trois mois devrait également être proposée.
En cas d’immunodépression, le schéma de surveillance devra être prolongé à 6 mois.

(*) se référer à la bibliographie du rapport 2010 : page359

Références bibliographiques

Circulaire n° DGS/RI2/DHOS/DGT/DSS/2008/91 du 13 mars 2008 relative aux recommandations de prise en charge des personnes exposées à un risque de transmission
du virus de l’immunodéficience humaine (VIH).

Prise en charge des personnes infectées par le VIH, recommandations du groupe d'experts
sous la direction du Pr P. Yeni: rapport 2010.

Arrêté du 1er août 2007 fixant les modalités de suivi sérologique des personnes victimes
d'accidents du travail entraînant un risque de contamination par le virus de l'immunodéficience
humaine , sur le site de Légifrance
Rapport du Conseil National du SIDA 12 octobre 2000. Le depistage en milieu hospitalier
en situation d'accident avec exposition au sang (AES) et d'impossibilité pour le patient
de répondre à une proposition de test.
BEH n°36/2002 : évaluation de la prise en charge thérapeutique des expositions au VIH,
juillet 1999-décembre 2001
Circulaire DGS/DHOS/DRT/DSS n°2003/165 du 2 avril 2003 relative aux recommandations
de mise en oeuvre d'un traitement antirétroviral après exposition au risque de transmission
du VIH - format pdf -215 Ko.
Circulaire DGS/VS2/DH/DRT n° 99/680 du 8 décembre 1999 relative aux recommandations
à mettre en oeuvre devant un risque de transmission du VHB et du VHC par le sang
et les liquides biologiques
Les articles : Accidents avec exposition au sang. Prise en charge des professionnels
de santé. I et II. Le Concours Médical 122 : 471-478 et 539-544 -année 2000